Châteaudun : Tiger II N°11

Châteaudun : Tiger II N°11

À la suite de l’opération « Margarethe » (mars 1944), cinq Tiger II — châssis Henschel et tourelle Porsche — sont affectés à la Panzer Lehr Division. Leur fiabilité mécanique, encore incertaine, conduit le général Bayerlein à les écarter rapidement au profit de StuG III plus éprouvés. Les Tiger II sont alors reversés à une compagnie de réparation, stationnée à Châteaudun, dans l’attente d’un transfert vers l’Allemagne qui ne pourra jamais être réalisé. 

Lors des combats précédant la Libération, ces chars deviennent des ressources de circonstance pour les forces allemandes en retraite. Du 12 au 17 août 1944, Châteaudun connaît plusieurs journées d’accrochages violents opposant unités allemandes, groupes FTP et FFI.

Le 12 août 1944, les forces allemandes, qui semblaient avoir abandonné la cité dunoise, remontent du sud et s’organisent pour retarder l’avancée des Alliés, en s’appuyant sur un dispositif hétéroclite : les cinq Tiger II immobilisés, quelques dizaines d’hommes, plusieurs canons de 88 mm et des pièces de 20 mm antiaériennes employées en tir sol-sol.

La photographie présente un char lourd allemand Tiger II (Panzerkampfwagen VI Ausf. B) immobilisé, identifié comme le numéro de tourelle 11, peint sommairement en blanc. L’engin est arrêté à hauteur de l’actuel 49 boulevard Kellermann. Le char apparaît intact, sans trace visible de combat majeur sur la caisse ou la tourelle, ce qui suggère davantage une immobilisation technique ou un abandon qu’une destruction par le feu ennemi.

Trois soldats américains (GI’s) entourent le char. L’un d’eux, monté sur la tourelle, a retiré son casque afin d’examiner l’intérieur de celle-ci. Son attitude traduit la fin immédiate du danger et la découverte d’un matériel ennemi désormais inoffensif. Les deux autres GI’s observent l’engin depuis le sol, leurs postures confirmant une situation sécurisée.À gauche de la photographie, un side-car passe à proximité du char. Il s’agit très probablement d’un véhicule récupéré ou capturé par la Résistance lors des accrochages meurtriers précédant la Libération de la ville.

Cette coexistence visuelle entre matériel allemand abandonné, soldats américains et véhicule de fortune de la Résistance illustre parfaitement le moment de bascule que constitue la Libération.

 

Sources :

Google Earth ; collection particulière ; Internet.